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Sortie cinéma 12 avril Term et 1ère Euro : El Silencio de otros

Publication : (actualisé le )

[*El Silencio de otros*]
Almudena Carracedo et Robert Bahar

« L’Espagne est pleine de charniers… » Ces mots saisissants n’en finissent pas de résonner dans ce documentaire, qui s’ouvre sur le visage d’une vieille femme accablée de chagrin. Sous la route qui mène à son village, une fosse commune a été, il y a longtemps, recouverte par le macadam : le cadavre de sa mère y fut jeté par les franquistes » (Le silence des autres, Télérama n°3605, 13/02/19).

Face au désarroi et au sentiment d’injustice des petits enfants de victimes de la dictature franquiste, en l’an 2000 l’écrivain, sociologue et journaliste Emilio Silva crée l’ARMH (Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica), remettant en cause la loi d’amnistie de 1977 qui avait conduit à une amnésie collective volontaire (le « pacte d’oubli ») au nom du consensus démocratique et de la « réconciliation » de tous les Espagnols. À partir de ce moment, mémoire et histoire vont s’articuler, et des actions concrètes sont menées afin d’obtenir la réparation morale des victimes du franquisme et le respect de leur mémoire familiale. Depuis 2012, les réalisateurs Almudena Carracedo et Robert Bahar ont suivi l’action menée par des descendants d’hommes et de femmes exécutés sous le franquisme et ont pu retracer l’itinéraire de vie de quelques unes de ces familles, de – jeunes à l’époque – victimes de la torture et de la répression. Le cas des mères dépossédées de leurs nourrissons à la naissance, avec la complicité de l’État franquiste et de l’Église met en évidence des pratiques qui se sont prolongées jusque dans les années 1980 en Espagne.


Il y aurait encore, aujourd’hui, en Espagne, entre 130 et 150000 personnes sans sépulture véritable, réparties dans 2052 fosses communes qui rendent impossible l’inhumation des victimes par leurs familles. À cela il faut ajouter la violence exercée à l’égard des cadavres, articulée au mépris de l’autre et à une volonté assumée d’effacer la mémoire des faits et de rendre impossible le deuil. Tout cela encore rend difficile la localisation de certains ossements.

La grande absente de ce film reste malgré tout l’Église catholique, même près de 45 ans après la mort du dictateur et le début de la Transition vers la démocratie. Il reste difficile pour l’Espagne de revenir sur les faits évoqués. En 2010 le juge Baltasar Garzón qui enquêtait sur les crimes franquistes s’est vu dessaisi du dossier et aujourd’hui, en Andalousie, un membre du parti d’extrême droite « Vox », qui s’inscrit dans la filiation assumée du franquisme, vient d’être nommé à la présidence de la commission qui, au Parlement, est en charge de la Mémoire historique…

Le film retrace les combats d’un collectif d’hommes et de femmes, descendants de victimes de la Guerre d’Espagne et du franquisme. À l’instar de ce qui s’est fait pour aboutir à l’arrestation du général Pinochet, ils ont déposé plainte en Argentine et, depuis 2012, l’Espagne doit répondre de crimes imprescriptibles, par-delà les frontières.
En évoquant la problématique de la torture et des massacres du régime franquiste c’est bien plus qu’une série de témoignages, ou qu’un bilan à destination des générations présentes et futures qu’apporte ce documentaire admirablement réalisé par Almudena Carracedo et Robert Bahar : parce qu’il parle de la mémoire, ce film constitue en lui-même un acte de résistance. Il faudra suivre de près l’exhumation de Francisco Franco du Valle de los Caídos dans les mois à venir, afin de voir si la Ley de Memoria histórica (2007) permet bel et bien d’avancer sur le terrain de la justice rendue aux familles de victimes, et de la déconstruction symbolique des traumatismes de la dictature.